Voyage à Choquiquerao
Choquiquerao signifie « Berceau de l’or » en quechua. Située à une cinquantaine de kilomètres (à vol d’oiseau) à l’ouest du Machu Picchu, cette forteresse aurait été le dernier bastion de la résistance inca aux conquistadores jusque dans les années 1570. Le site est situé à 3100 mètres d’altitude et sa visite se mérite puisqu’il faut deux jours de marche à pied ou à cheval pour y accéder.
Le site fut découvert en 1834 puis il est tombé dans l’oubli. Les travaux archéologiques n’ont commencé qu’en 1992. On estime que seulement un tiers des édifices a été, à ce jour, en 2005, extrait de la végétation. Ce site risque d’être, dans le futur, un site touristique majeur ; à l’heure actuelle, il est possible de le visiter en toute quiétude.
Le voyage a été l’occasion de visiter deux autres sites archéologiques majeurs, Sondor près de Andahuaylas et Vilcashuman près d’Ayacucho. Le site de Sondor est d’origine Chanka, un peuple guerrier qui a été vaincu par les incas. Le site de Vilcashuaman ou « faucon sacré » était considéré comme le centre de l’empire inca du temps de l’inca Pachacutec.
le site de choquequirao et la vallée de l'Apurimac
Ayacucho :
Le voyage commence par un trajet en bus de nuit entre Lima et Ayacucho. Je dors dans le bus alors qu’il franchit un col à 4800 mètres, je ne m’en rends pas compte. Arrivée à Ayacucho au petit matin. Nous sommes à la fin du mois de janvier et Ayacucho vit au rythme des préparatifs du carnaval, toute la journée, les défilés de danseurs tournent autour de la place centrale. Je vais manger au mirador, belle vue sur la ville depuis la gloriette.
Sondor :
Le lendemain, le bus très rustique de l’entreprise « los chankas » part pour Andahuylas. Le bus, plein de voyageurs, s’arrête au bout d’un kilomètre pour un changement de pneus dans un garage, une bonne heure de perdue avant d’entreprendre vraiment le voyage d’une durée d’environ dix heures sur une piste abominable, MAIS les paysages sont magnifiques. Enfin, nous arrivons à Andahuaylas qui est une ville bien tranquille. D’Andahuaylas, l’excursion la plus populaire est celle de la laguna Pachuca, il faut environ une heure de « colectivo » pour y arriver, de là, il est possible de longer la rive à pied et d’accéder au site archéologique de Sondor situé sur une grande colline. Il s’agit de ruines de la civilisation Chanka, les ennemis héréditaires des incas qui ont été battus par ces derniers. Le site, qui était lieu de culte est remarquable par le panorama à 360° qui peut y être observé. La région est riche en traditions, puisque c’est près d’ici, qu’une fois par an, a lieu la fête de Yahuar : un condor (qui représente les indiens) est attaché sur un taureau (qui représente les conquistadores espagnols). Le taureau meurt sous les coups de bec et de serres du condor. Une sculpture sur la place d’Andahuaylas représente cette coutume. Le voyage se poursuit en bus en direction d’Abancay. Il s’agit toujours d’un vilain bus plus ou moins tout terrain, les pistes sont défoncées jusqu’à Abancay et les paysages sont toujours superbes avec le passage de plusieurs cols à plus de 4000 mètres.
Choquiquerao :
D’Abancay, un petit bus mène au village de Cachora qui est le point de départ pour l’excursion à Choquiquerao. Le village est situé dans une riante vallée verte, il y a quelques hôtels dont l’agréable hospedaje San Pedro. Les chambres de cet hôtel offrent une vue absolument superbe sur les montagnes et les glaciers. L’hôtel est également une épicerie et la patronne est au petit soin pour le touriste encore rare par ici. En quelques minutes, j’ai pu choisir un guide pour l’excursion qui doit durer quatre jours. Le matin du départ, il s’agit de se procurer des provisions pour toute la durée du trek, ainsi que la tente et le matériel de cuisine. Vincente, mon ariero arrive enfin avec mon cheval et une mule et nous pouvons partir après nous être faits enregistrer au poste de police. Le trajet commence par l’ascension d’un petit col qui domine le cañon du Rio Apurimac « le dieu qui parle », ensuite le descente est rude jusqu’au rio, la chaleur est étouffante au fond du cañon. Il faut remonter sur la montagne de l’autre côté du fleuve. Vers la fin de l’après midi, nous voilà au campement de Santa Rosa. Je n’en crois pas mes yeux, à des heures de marche à pied de toute civilisation, il y a des champs de canne à sucre. Ce sont les gardiens du campement qui produisent un alcool de canne. Le camp est équipé d’un trapiche qui est actionné par un magnifique cheval blanc. Dès mon arrivée, un gardien m’appelle pour me montrer une ourse qui mange des feuilles dans un arbre, et pourtant, je n’ai pas encore bu l’alcool produit ici. Dans la nuit, la vision du cheval blanc travaillant à faire tourner le manège au clair de lune semble provenir d’un film fantastique. Le lendemain, il faut quelques heures pour rejoindre le site de Choquiquerao qui se voit de très loin, je suis sur le cheval lorsque le chemin n’est pas trop difficile et à pied lorsqu’il devient dangereux, Vincente est toujours à pied courrant et tirant sa mule par la bride. Le chemin devient une étroite corniche accroché on ne sait pas trop comment à une immense falaise verticale, ne pas trop y penser…Enfin nous arrivons à proximité du site, Vincente s’arrête sur une terrasse pour planter la tente et préparer le repas, moi je me dirige vers le site pour une première visite en longeant d’interminables terrasses qui auraient été des terrasses de culture. Il n’y a personne sur le site sauf deux gardiens qui font payer un droit d’entrée. Nous sommes à la saison des pluies bien qu’il ne pleuve pas, pour cette raison il n’y a aucune équipe d’ouvriers et d’archéologues travaillant, pratiquement pas de touristes non plus. Passé les terrasses, on accède à la place principale jouxtée par les plus grands édifices de Choquiquerao. Au sud, l’espace cérémoniel (ushnu), véritable piton rocheux arasé en plateforme, c’est l’endroit le plus apprécié des photographes, la vue y est magnifique à la fois sur l’intégralité du site et sur le cañon du rio Apurimac. De l’autre côté du site, au nord, des escaliers monumentaux s’élancent sur la montagne en direction de la partie haute de la citadelle qui s’appelle le hanan. Les édifices sont impressionnants, il faut tout de même reconnaître que les pierres sont beaucoup moins bien appareillées qu’à Machu Picchu, à noter le curieux dispositif de pierres qui servaient à attacher la toiture. Je passe l’après midi à rêvasser sur le site, seuls un couple de touristes péruviens visitera ce site aujourd’hui. Après une nuit bien froide, il faut retourner à Cachora en empruntant le même itinéraire. L’arrêt pour la nuit se fera, cette fois au camp de Chiquisca où l’astucieuse douche bricolé avec une bouteille en plastique est royalement appréciée. Le lendemain, nous sommes partis de très bonne heure pour Cachora, mon cheval qui n’avait pas particulièrement été vaillant jusque là, sent l’écurie et galope à merveille, Vincente qui essaie de courir à côté, souffle comme une locomotive. Notre arrivée dans le petit village en fin de matinée est très remarquée.
Retour à Ayacucho, deux jours de bus comme à l’aller. Depuis 10 jours, l’ambiance a changé, on est passé des préparatifs du carnaval au carnaval. Difficile de faire quoi que ce soit dans la rue sans se faire arroser (pistolets à eau, bombes à eau, seaux d’eau). Tout voyage est à haut risque, il suffit que la vitre soit très légèrement ouverte pour que tout l’intérieur du bus soit bientôt complètement inondé. Il ne s’agit pas toujours d’eau propre mais cela peut être de l’huile de vidange, de l’eau sale ou de la peinture. Malgré mon statut de gringo assez visible et qui fait que l’on me respecte plutôt, je rase les murs. Bien sur, les jeunes filles sont les cibles les plus recherchées.
Vilcashuaman :
D’Ayacucho, je me rends à Vischongo. Pour y aller, il faut prendre un minibus qui ne partira que lorsqu’il sera plein, c'est-à-dire que lorsque chaque voyageur sera comprimé à l’extrême. Dans ces conditions, le voyage de 4 heures parait bien long. Je descends du minibus quelques kilomètres avant le village de Vischongo, à l’endroit où un petit chemin permet l’accès à Intihuatana, ce sont des ruines de thermes incas, elles sont situées au bord d’un petit lac. Les constructions ont, pour la plupart, disparu, mais ce qui reste, des soubassements d’édifices, atteste de la qualité des appareillages de pierres. Je gagne le village de Vischongo par un chemin descendant aménagé en escalier. Il est possible de loger à l’hôtel Titanc si on a l’esprit assez aventurier pour essayer d’en décrypter le fonctionnement. Passer la nuit à Vilcashuaman est probablement plus agréable. Le lendemain, je me lève de bonne heure pour visiter Vilcashuaman, je pense m’y rendre à pied mais ce village, plus en altitude est situé à plus de vingt kilomètres de Vischongo, les renseignements sur les distances, sont comme souvent, fantaisistes. Je termine l’expédition dans un minibus. Le village de Vilcaschuaman est très agréable. Le site, situé entre la côte pacifique et Cuzco, était considéré comme le centre de l’empire du temps de l’inca Pachacutec. La place du village est magnifique, on peut y voir l’église coloniale bâtie sur l’ancien temple du soleil. A quelques centaines de mètres de là, se dresse une pyramide à degré au sommet de laquelle le trône de l’inca et de son épouse est taillé dans la pierre. Le retour à Ayacucho est épique, le minibus attend d’être complet pour partir, en attendant il multiplie les faux départs pour que les voyageurs accourent, démarre, fait dix mètres puis s’arrête, fait le tour du village puis reviens au point de départ, c’est toujours comme cela. Au bout d’une bonne heure de ce cirque, c’est enfin le départ. Le minibus est encore plus surchargé que de coutume si bien qu’environ trente kilomètres avant d’arriver à Ayacucho, une lame de ressort casse. C’est la panne sèche mais le chauffeur répare : la lame de ressort est remplacée par un bout de bois bridé par une des cordes qui tenait les bagages sous le toit. C’est incroyable de voir les conditions dans lesquelles est faite cette réparation sur un véhicule très bas, le chauffeur a vraiment du mérite. Cet un miracle : nous arriverons à Ayacucho cette nuit…
Bataille dans la montagne :
Le lendemain, mon ami Aldo me propose d’aller faire un tour dans le secteur où vivent son oncle et ses parents. Nous montons dans un bus qui part pour Lima. Au bout de deux heures de voyage, nous descendons aux thermes de Niñobamba à 4200 mètres d’altitude. La piscine thermale est à l’intérieur d’une pauvre bâtisse au toit en tôle ondulée, le trou dans le toit permet de voir le ciel et de profiter à la fois de la chaleur de l’eau et de l’air froid, c’est bigrement agréable. Nous descendons à pied par la route Lima-Ayacucho jusqu’à la petite maison de Maurizio, l’oncle d’Aldo au petit hameau de Angasmayo. La maison est minuscule, elle comporte deux pièces dont une petite épicerie, Maurizio est boulanger, et, au fond du terrain il y a un four. Maurizio livre le pain avec un triporteur. Le soir nous partageons un modeste repas avec Maurizio et son épouse, il n’y a ni eau ni électricité. Il y a un seul petit lit, moi je dors par terre sur une peau de mouton à l’odeur effrayante, peut être cette horrible odeur m’épargnera d’être dévoré par des petites bêtes comme Aldo qui a choisi le lit. Le matin nous partons de bonne heure à la lumière de la frontale. Nous marchons quelques heures pour atteindre le village dans la montagne pour atteindre le petit village de Santa Inès. Quelques maisons, celle des parents d’Aldo, une seule pièce en terre battue, un peu plus haut celle des grands parents, âgés mais bien portant, ceux-ci ne parlent que quetchua. Nous prenons le petit déjeuner : pomme de terre, fromage et riz, le cadre est vraiment superbe, nous sommes loin de tout. Les parents d’Aldo vivent de l’élevage des chèvres, moutons et vaches. L’après midi le père d’Aldo va mener les bêtes au pâturage. Aldo, sa mère et moi nous allons assister à une fête qui se déroule sur une montagne à plus de 4000 mètres une fois par an au moment du carnaval, il s’agit de la « fiesta de Jasa ». Nous sautons dans la benne d’un camion surchargé de passagers pour atteindre l’endroit où se déroule la fête, après un rude voyage. Nous sommes sur une montagne où la vue se perd à l’infini, à l’ouest sur le Pacifique et à l’est sur le bassin amazonien. Le ciel est définitivement bleu, dire que nous devrions être en pleine saison des pluies…La fête consiste en une série de luttes entre deux adversaires de deux villages participants : districtos de Vinchos et districtos de Socos. Les deux lutteurs se passent autour de la taille une espèce de ceinture qui offre une prise à l’adversaire. Il s’agit bien sûr de mettre à terre l’adversaire. Les hommes commencent les luttes puis ce sont les femmes qui poursuivent le spectacle. Les femmes qui luttent sont souvent en costumes traditionnels et les leurs combats sont manifestement les plus attendus des spectateurs.
La selva d’Ayacucho :
En fin d’après midi, nous retournons à Ayacucho, le lendemain, nous avons programmé un voyage de plusieurs jours dans la « selva ». Nous partons de bonne heure, le voyage dure environ 7 heures dans un minibus, il faut d’abord franchir plusieurs cols très élevés avant de descendre dans les basses terres du bassin amazonien.
Aldo ne pensait pas retourner dans ce secteur d’où il a fui le terrorisme il y a une quinzaine d’années : Ayacucho était le foyer du « sentier lumineux » mais la situation était bien pire dans la « selva d’Ayacucho », et les senderistes n’étaient pas les seuls responsables des exactions, le gouvernement de l’époque avait la détermination d’exterminer la population du secteur…
Contrairement à ce qui se passe en général au Pérou, l’accueil à San Francisco est des plus réservé, il est vrai que nous sommes dans une zone de trafic dans laquelle le touriste est très rare et il est facilement soupçonné d’espionnage. San Francisco, la ville « blanche », ne se caractérise pas par une ambiance particulièrement gaie. La ville est établie de part et d’autre du Rio Apurimac, oui, « le dieu qui parle », nous avons déjà rencontré ce fleuve au début du voyage. Après une nuit dans cette ville sans grand intérêt, nous poursuivons en direction d’Omaya, une heure de colectivo environ, de là nous prenons une piste à pied qui nous mène au village de Cataratas (c'est-à-dire cascade…). Trois cascades peuvent être atteinte à pied en quelques heures. La plus éloignée est paradisiaque, l’eau est délicieusement fraîche. Nous redescendons en fin d’après midi. A Omaya, un colectivo nous mène à centro poblado. C’est ici qu’il faut traverser le rio Apurimac pour rejoindre Sivia qui est de l’autre côté du fleuve. Il n’y a pas de pont mais un service de passeurs avec des longues pirogues à moteur. Vu la force du courant, l’opération parait plutôt dangereuse, mieux vaut que le passeur réussisse la manœuvre, on peut frémir en pensant que le moteur pourrait tomber en panne. Sivia qui est le village d’Aldo est plus accueillant que San Francisco. A peine arrivés nous allons profiter des derniers rayons de soleil pour aller laver nos affaires au bord d’un affluent du Rio Apurimac. Les femmes viennent toutes laver leur linge ici, elles le mettent ensuite à sécher toute la journée sur les pierres chauffées par le soleil, puis elles viennent le rechercher le soir. L’ambiance est très intéressante et joyeuse.
Los nativos :
Depuis qu’Aldo a quitté la région des pistes ont été créées dans la selva, des pistes carrossables ont rendu accessibles certaines communautés de nativos (indigènes). Bien sûr, cela a des conséquences qui sont loin d’être positives. Fragilisés par la proximité de la civilisation, les nativos sont souvent devenus des misérables parmi les pauvres. Leur statut est ambigu, il sont protégés et ne sont pas responsables devant la loi mais ils n’ont pas d’aide de l’état et n’ont pas le droit de se marier en dehors de leur communauté. Pour les approcher, il faut impérativement être accompagné d’une personne qui les connait et qui connaît leurs usages, l’échange de cadeaux est un rituel et il faut boire le masato avec eux dans une calabasse. Le masato est un alcool issu de la fermentation de la yuca, la préparation est faite par les femmes qui mastiquent longuement les morceaux de yuca avant de les recracher dans un récipient, après le produit est mis à fermenter. Le liquide obtenu est rose-violet, il faut aimer. Une femme m’offre un collier fait en dents de singe…
Quelques jours plus tard : retour sur Ayacucho, dans le minibus un vieillard meurt lorsque nous franchissons un col à très haute altitude. Plus loin, les paysans du secteur vendent des glaïeuls au bord de la route…
Fin
Bons plans et coups de cœur :
- hôtel Meson à Ayacucho : bon marché, propre et sûr
- hospedaje San Pedro à Cachora : la vue du balcon est superbe, l’hôtesse est attentionnée et bavarde, il y a de tout dans l’épicerie
- campement de Santa Rosa : entre Cachora et Choquequirao, bon accueil et ambiance surréaliste
- Abancay : petit restaurant « los pinchos de José » sur dos de mayo - délicieuses brochettes, cadre sympathique et reposant
-Vilcaschuaman : restaurant Pachacutec, prenez la soupe criolla, il y a de tout dedans et c’est bon
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